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28/04/2020

Journal d'une vieille confinée... contestataire (8) Faire mal ... sans le vouloir!

Il y a quelques jours je voulais proposer un petit florilège des phrases prononcées envers des personnes âgées, phrases que lesdites personnes avaient fort mal reçues. Certaines ont été dites dans la vie courante, d’autres en EHPAD, d’autres par des médecins. J’ai connu tous ces gens choqués et se sentant humiliés.

En voici quelques unes:
- Petit échange entre un médecin et une patiente à qui on venait de découvrir une pathologie., sans doute grave:
« Voulez vous m’expliquer, docteur ». Réponse: « ce n’est pas la peine , vous ne comprendriez pas ».
Bien sûr... une femme et vieille de plus!

- Un autre échange
« Et bien, Monsieur, combien prenez vous de médicaments par jour? » «  Aucun, docteur ». «Allons, Monsieur, ne mentez pas, vous prenez forcement quelque chose! »
Parçe que, voyez vous, tous les vieux prennent 10 médicaments au moins par jour ( c’est hélas vrai pour beaucoup) et mentent sans doute.

- Après l’achat de matériel informatique, une femme âgée retourne au magasin pour faire une remarque. Le vendeur ne l’accepte pas et la renvoie en disant qu’elle ne peut rien savoir. Sauf qu’elle faisait, par passion, depuis une quinzaine d’années, de l’Informatique en club!

Et venons en aux tests qu’on fait passer aux vieux en certaines circonstances.
- Après un AVC, une amie passe une batterie de tests et s’entend féliciter chaleureusement «  Oh comme c’est bien, vous avez réussi » Réponse cinglante «  oui, ce sont des tests pour déterminer si l’enfant est apte à entrer en CP »

- Une voisine, bien malade, a qui on avait présenté un cercle avec les chiffres de 1 à 12 avait été aussi félicitée car elle avait affirmé que c’était une pendule et encore plus chaudement d’avoir su placer les aiguilles sur 14h40! Mais elle le racontait en riant. Différence de sensibilité!

- J’ai suivi un ami en Ehpad après la mort de sa femme. Il s’est laissé couler et est mort en quelques mois sans avoir réussi à s’intégrer. Je lui avait conseillé de participer aux activités. Premier essai avec la belote... verdict sans appel «  ils ne savent pas jouer et ils trichent ». Essai du Quiz à l’heure du goûter, nouvel échec «  ça sont des questions pour gamin de 8 ans » et il est mort.

 - Et que dire de celle que j’avais bien connue, entrée en Ehpad à 95 ans, qui a tenu un petit carnet jusqu’à son dernier jour, petit carnet ou une phrase a fait beaucoup de peine à ses proches. Cette femme de valeur, érudite en tant de domaines, avait ecrit :
« Qu’ai je fait pour mériter d’être appelée méchante mémère ? »

.J’ai beaucoup réfléchi à tous ces cas. Je ne pense pas à de la méchanceté délibérée. On manque de notions de psychologie et on ne veut pas comprendre que tous ces gens ont mené une vie difficile souvent de main de maître et vivent mal d’être devenu «  invisibles » et « rejetés »à cause de leur âge.
Dans notre société, hélas, on a peu à peu, depuis la guerre, érigé le jeunisme en loi, estimé qu’être jeune était impératif et que passé un certain âge, on devait se mettre, ou nous mettre «  dans un placard ».

Et je vais terminer par une histoire d’enfants des années 1960. Dans ma classe de village ou j’avais les enfants de 4 ans à 8 ans, on votait pour élire la photo que je mettrais au dessus de mon bureau pendant l’ année. Cette année la, mes élèves ont eu à choisir entre 3 portraits: une petite fille aux tresses blondes, une vedette américaine ultra «  retravaillée » et un vieux marin breton au visage buriné avec pipe et casquette. Que croyez vous que les enfants ont choisi? j’ai moi même été très étonnée... le vieux marin breton. Très drôle, les garçons auraient plutôt choisi la petite fille, quelques filles la vedette, mais beaucoup m’ont dit «  Il est beau, le vieux grand-père » . Et il a passé l’année dans un cadre au dessus de mon bureau!
Je ne suis pas sure que le choix de la génération actuelle serait le même.

 

27/10/2015

Une découverte bien sympathique: les prud'homies de pêcheurs méditerrannéens

C’est lors d’une balade sur le port de Sanary que j’ai découvert, le mois dernier  un bâtiment sur lequel j’ai lu: « Prud’homie de Sanary ». Je connaissais les «  Prud’hommes », je me suis demandée ce que ce terme « prud’homie » pouvait recouvrir ici et Google m’a permis de découvrir une très ancienne et très intéressante institution. Qu’elle vive encore après plus de 1000 ans, malgré les aléas et les interdictions qu’elle a rencontrée au cours des âges est une raison d’espérer que le monde peut rester humain et plus juste, si les hommes le veulent vraiment!. 

Issues des communautés de métiers du Moyen-Age, les prud'homies de pêcheurs sont des institutions qui encadrent  la gestion de l'ensemble des ressources marines vivantes sur tout le littoral méditerranéen français.Ces communautés de patrons pêcheurs élisent des Prud'hommes chargés de gérer la pêche sur leur territoire, par des attributions réglementaires, juridictionnelles et disciplinaires.

Les décisions sont fondés sur le respect de la personne et des générations futures. 

« Tout le monde doit pouvoir vivre de son métier (ou le soleil se lève pour tout le monde). Il faut éviter qu'un métier n'en chasse un autre... Un métier, il vaut mieux le réglementer que l'interdire par rapport à ceux qui en vivent... Si la pêche est perdue pour un pêcheur, elle ne doit pas l'être pour tout le monde... Il faut laisser reposer les espèces, ou les «pierres » alternativement (une sorte de jachère)... La mer, il ne s'agit pas de la vider mais d'en bien vivre et d'en laisser à ses enfants »

De bien beaux principes qui détonent à notre époque! Et çà marche: a Sanary, il y a 13 patrons pêcheurs et 4 matelots élus  pour gérer localement, avec simplicité, rapidité, et à moindres frais, l'activité de pêche et les conflits qu'elle occasionne, pour préserver des zones marines, pour conserver un modèle de gestion des pêches qui a fait ses preuves dans le temps...

Le chalutage est interdit au même titre que les filets trainants Le nombre de captures est plafonnée par bateau. Les jeunes sont protégés par la taille minimale des mailles et hameçons. Les temps de trempage des engins dans l'eau sont plafonnés également. Les zones de frayères sont protégées, des périodes d’arrêt de pêche instituées. 

De plus, les prud'hommes sont attentifs à la situation individuelle de chacun des membres de la communauté : soutenir les jeunes, les pêcheurs retraités, les veuves, ceux qui ont des soucis (santé, matériel, autorisation administrative...). Le soutien, selon les cas et les possibilités, peut être financier, administratif, institutionnel.

Rue 89, qui a écrit un article très documenté,  titre « Une autre vision du travail, de la propriété et des relations sociales. Et le fondement d’une révolution ? ».  Il y a une trentaine de prud’homies, des microsociétés d’artisans-pêcheurs similaire le long de nos côtes, pourquoi ne se généraliseraient -elles pas? Beaucoup pensent comme eux que « « La mer n’appartient à personne. Le libre accès à la ressource devrait être la règle et les pêcheurs, se règlementer eux-mêmes. Bruxelles, c’est des quotas, des licences : on privatise la mer. »

Mais les prud’homies préférant valoriser des quantités limitées et diversifiées sur un marché local bien achalandé plutôt que de vendre de grandes quantités à bas prix contrecarrent l’industrialisation des pêches et le productivisme et doivent lutter contre les directives nationales et européennes, souvent  sans être entendus, encore moins comprises. 

 

Pourtant elles démontrent que les choses peuvent changer et que l’industrialisation de la pêche n’est pas une fatalité.

 

10/10/2015

Les conséquences du GPS sur la pensée humaine!

Cinq semaines de pérégrinations à travers la France, peu de notes sur ce blog, et me revoici devant mon ordinateur.

Commençons par un sujet léger : les "joies" procurées par un GPS. Après avoir cru que c’était une solution à toutes les recherches, je ne m’en sers quasiment plus sauf pour pointer ce qu’il fait d'aberrant. .. ou pour trouver une adresse dans une ville.

L’autre jour nous allions de Six Fours les Plages à Arles et j’avais mis le GPS, non comme pilote mais pour contrôler au cas où, dans cette région très urbanisée, nous aurions des doutes sur la direction a prendre. 

Entrée de Sanary, à droite le panneau Michelin ( vert)  « Avignon Arles ». Mon GPS n'est pas d'accord et nous dit d’ aller tout droit et d’entrer en ville. Comme nous n’obeissons pas, nous avons droit a plusieurs «  Faites demi-tour dès que possible» avant qu’il ne reprogramme notre parcours . 

Nous décidons alors de suivre les panneaux et de surveiller ce que fait le GPS. Eh bien, nous avons droit  à une direction autre celle du panneau 9 fois! Et c’est une vingtaine de fois que nous entendons la fameuse phrase: «faites demi-tour dès que possible ».

 

Imperturbablement nous suivons les panneaux, et arrivons à Arles sans problème.

Je sais qu’il y a 1000 chemins pour aller d’un point à un autre mais je n’avais pas programmé le plus court, ni parcours touristique et  je n’avais pas indiqué de passer par un point précis. Pourquoi une telle différence avec les panneaux Michelin qui doivent tout de même indiquer un itinéraire logique?

 

J’ai repensé alors à la réflexion d’une amie qui a des enfants de 25 à 30 ans et qui me confiait qu’ils  ne savaient pas lire une carte. Ce ne sont pas des illettrés, ils ont même une situation fort correcte. La perception de l’espace est donc complètement abolie?

 

De retour chez moi, j’ai voulu creuser la question. Car mes enfants  se déplaçaient seuls ou a vélo des 6 ou 7 ans, savaient  aller  d’un point A a un point B grâce a des repaires  et ne se perdaient pas à 500m de chez eux comme les enfants d’à présent, ai-je lu sur une étude médicale … parce qu’ils ne se déplacent jamais seuls et … toujours en voiture! 

Mes petits élèves  ruraux, erraient dans la campagne en parfaite sécurité  et savaient s’orienter sans problème. 

Quant à un de mes petits fils, il m’a servi maintes fois de navigateur en Camping car et ,dès 8 ans, carte en main, savait indiquer quand et où il fallait tourner, sans jamais une erreur!

 

Tout ce travail de notre cerveau est confié maintenant à une machine qui prend les décisions à notre place. Je trouve cela inquiétant, et je ne suis pas la seule à m’inquiéter:

- «  Plus il est facile de savoir où je vais, moins je me souviens comment j’y suis arrivé ». indique un article de «  Internet Actu- Blog le Monde ». Et on ajoute:

La perte de notre capacité de repérage spatiale, son déport dans nos mémoires numériques, commence à inquiéter les experts. Plusieurs études soulignent que la navigation par GPS a généralement un effet néfaste sur la capacité des utilisateurs à se souvenir des environnements qu'ils ont traversés ou à reconstruire le parcours d'une route.

Toru Ishikawa, géographe et cogniticien comportemental à l'université de Tokyo estime que les utilisateurs de GPS subissent une perte de mémorisation de leur parcours de l'ordre de 20% par rapport à ceux qui n'utilisent pas le GPS.

 

- Internet-Actu-Net écrit: La pensée spatiale nous aide aussi à structurer, intégrer et nous rappeler des idées. C'est une compétence fondamentale. Or, Les systèmes de navigation mobile fonctionnent comme des oeillères, réduisant le paysage à la largeur de la rue . Et le GPS demeure un outil maladroit. Trop souvent, il concentre le trafic sur les voies les plus simples et les plus accessibles, préférant mathématiquement un itinéraire plus court (en distance comme en temps) mais plus chargé à un autre à peine plus long, mais déserté. Les algorithmes ont également encore bien du mal à calculer l'errance urbaine,

 

Se fier à son GPS, c’est s’exposer à bien des déboires et détruire un sens de l’orientation acquis au fil du temps depuis l’apparition de l’homme sur terre

 

Mais  la plus belle histoire, je l’ai trouvée sur la Dépêche du 11 mars 2015. « Le chauffeur d'un autocar belge devait emmener un groupe de skieurs à La Plagne, en Savoie, Il a donc programmé  cette station sur son GPS…. Il a effectué un détour de 1 200 km en s'orientant vers le cirque de la Plagne en Ariège situé sur les contreforts des Pyrénées, à plus de 600 km de la station de la Tarentaise où il devait se rendre »

Et le journaliste de conclure « N’empêche, rien ne vaut une bonne vieille carte pour trouver sa destination, le GPS n'étant pas performant au point de faire la distinction entre les trois Plagne en question ».

 

C’est bien aussi ma conclusion, aussi, j'ai vite abandonné mon GPS, j’ai ressorti ma bonne vielle carte … je me perds moins souvent et je m’énerve beaucoup moins. Mais je crois, et crains  que les jeunes nés, dans cette civilisation,  deviennent esclaves de leur GPS,  smartphone, objets connectés, de parfaits robots en somme!