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11/03/2016

Terra Eco, c’est fini! Bye-bye, Terra Eco!

C'était le titre hier matin, de la dernière lettre de la rédaction de Terra Eco. Depuis plusieurs jours on s’y attendait mais réellement la fin d'un tel magazine est une véritable tristesse pour tous ses lecteurs.

« Ces quelques lignes sont probablement les plus difficiles qu’il nous ait été donné d’écrire. Mot d’adieu ou d’au revoir, qui sait ? Nous prenons en tout cas acte d’une sévère réalité : malgré six semaines d’intenses tractations avec plusieurs candidats à la reprise de l’entreprise Terra Economica SAS, celles-ci n’ont pas abouti. Malgré d’innombrables retournements de situation au cours de ces longues années, nous n’avons pu inverser la tendance. Tristesse. A contrecœur, nous devons mettre un terme à l’aventure Terra eco, sous sa forme actuelle. Fini, le journal électronique ; adieu, le magazine mensuel papier », écrivent Walter Bouvais et David Solon, cofondateurs de Terra Economica
Et ils ajoutent «  Vous nous avez aidés à faire imaginer une parcelle du journalisme citoyen, de la presse indépendante. Nous sommes convaincus que les idées de justice économique, sociale et écologique que nous avons portées à notre manière – avec d’autres – continueront de se frayer un chemin dans notre société malade de l’individualisme….L’expérience nous a aussi appris combien les idées nouvelles, portées par des acteurs du changement inventifs et énergiques, restent fragiles. Continuons à les cultiver et à en prendre soin, ne les laissons pas filer entre nos doigts ».

« Résister, partager, inventer », voilà le slogan du journal. Il n’y a aucun doute, un magazine qui prône de telles valeurs n’a pas sa place dans notre société individualiste, égoïste, matérialiste et régie par la finance. Que pèsent 20 000 abonnés et autant d’achats en kiosque?

Je veux citer des extraits d’un article d’Edgar Morin, publié le 28/10/11, dans ce même Terra Eco et intitulé «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe »
- « Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs.… La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que les socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées. … Notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. »
- « De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes. »
- « Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée . Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.
- «  L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Les présidents de l’Equateur et de la Bolivie ont voulu remplacé le terme « bien-être » par le « bien-vivre », signifiant un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature avec ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie. Le bien-vivre, ce serait pour l’humanité une si belle finalité. »

Mes 84 ans rejoignent les 91 ans  d'Edgar Morin dans cette analyse de notre société!

C’était la ligne de conduite de Terra Eco, « opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation… le qualitatif ». Dans ce journal on trouvait d’autres modes de pensées, des pistes de recherches et de réflexion, des raisons d’espérer , bref tout ce que politiques et financiers combattent de toutes leurs forces.

Il est facile de trouver des milliards pour alimenter la caisse des climatosceptiques et payer de fausses études pour que le « bon peuple » ne tende pas l’oreille vers d’autres « sons de cloche ». Il n’est pas possible, voire impossible de trouver quelque sous pour aider «  Terra Eco ». Triste monde décidément!

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