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12/09/2015

Comme ils ressemblent aux refugiés de mon enfance, les migrants d'aujourd'hui!

Mes réfugiés

Je suis tres sensible au problème des refugiés car je n'ai jamais oubliés les " miens", ceux de mon enfance! Comme Pierre Weil, l'exode de la guerre 39/44 m'a marquée pour la vie! 
Ils n'étaient pas migrants étrangers, ceux que j'ai connus en 1940 et 44 mais étaient jetés sur les routes par une guerre qu'ils n'avaient pas plus souhaitée que nos refugiés d'aujourd'hui et ils la  subissaient de plein fouet'
C'est en mai 40 que dans mon minuscule village angevin j'entends parler des Ardennes.
- Dès 1930 des plans d'évacuations pour les populations proches de la frontière allemande avaient été préparés en prévision d'une éventuelle attaque. Deux départements avaient été choisis pour les Ardennes : la Vendée et les Deux Sèvres.
- Le 10 mai 1940 Hitler lance son armée sur la Belgique en direction de Sedan. Les populations ardennaises fuient vers le sud. Des millions de personnes sont brutalement jetées  sur les routes de l’évacuation. La Vendée va accueillir 82 000 réfugiés ardennais et les Deux-Sèvres 71 000.
Mais il faut arriver jusque là, c'est à pied que la plupart des familles vont parcourir des centaines de km, mitraillées, mangeant a peine et harassées.
C'est ainsi que mon village voit arriver un contingent de refugiés pour lesquels les habitants  vont organiser un hébergement fournir des vivres afin de leur permettre d'aller plus loin. 
Je viens d'avoir 8 ans et je n'oublierai jamais que mes parents vont garder quelques jours une pauvre jeune fille d'un vingtaine d'années qui avait son neveu de 3 ans en garde lors de l'exode. La jeune fille ne savait pas faire de vélo mais, au départ, des voisins lui en avaient prêté un pour que  son neveu voyage sur le porte bagages. Des centaines de km plus loin elle était capable de rouler mais ne sachant rien de sa famille et de la mère du garcon, elle fuyait vers la Vendée, fatiguée et malade! quant au petit, de quoi s'était-il nourri? il était en piètre état et pleurait sans cesse.  Mes parents les ont soigné quelques jours, puis mon père qui avait une voiture pour son métier a conduit cette "gamine" son neveu et son vélo en Vendée ou elle a été accueillie par mes grands parents vendéens en attendant qu'on statue sur son sort. 
Je n'ai jamais oublié ces pauvres gens et je pense que les migrants d'aujourd'hui sont aussi malheureux que ceux d'antan

J'ai suivi le parcours des Ardennais en Vendée, il y a toujours une association qui écrit: "Des contacts entre les "deux civilisations" sont nés  bien évidemment des frictions, mais aussi, et c’est l’essentiel, un enrichissement mutuel.Des rencontres de football et des représentations théâtrales ont été organisées conjointement par les réfugiés et leurs hôtes, bien souvent au profit des prisonniers de guerre. Quand, avec bien des difficultés, les  Ardennais reprendront le chemin du retour, pour la plupart à
 la fin de l’année 1941, de nombreux liens affectifs auront été tissés avec leurs hôtes, liens qui, malgré le temps n'ont jamais faibli"
Et voici la fin de la guerre!

Moins connu que le gigantesque exode de mai-juin 1940 qui jeta sur les routes plusieurs millions de Français lors de l’invasion allemande, celui de l’été 1944, ne frappa que la  Basse Normandie mais constitue un phénomène massif à l’échelle régionale.

Par dizaines de milliers, hommes, femmes, enfants, vieillards, malades furent jetés sur les routes, à pied, en charrette, emmenant parfois avec eux leurs vaches. Les uns ont pris spontanément cette décision pour fuir les combats. D’autres ont été contraints au départ par les ordres d’évacuation donnés par l’armée allemande au fur et à mesure de son recul.

Seules ou en convois des familles entières partent au hasard ou, plus fréquemment, empruntent les itinéraires fixés à l’avance par l’administration de Vichy. Beaucoup s'arrêtent dans la Mayenne et le Maine et Loire, certains iront beaucoup plus loin encore, vers la Vendée ou le Massif central.

Le périple n’est pas sans danger car les routes sont constamment sous le feu de l’aviation alliée qui ne distingue pas toujours les civils des soldats.

Et c'est ainsi que mon petit village accueillit à nouveau des refugiés .. de Caen et sa région cette fois et mes parents se retrouvèrent au cœur de leur désespoir. 

J'ai 12 ans et je pense souvent encore a cette famille arrivée avec 2 enfants sur 3! Et oui, lors d'un mitraillage, le plus grand qui avait à peu près mon âge s'était enfui... et personne ne l'avait retrouvé. On peut imaginer le chagrin des parents! Mort leur fils? errant dans un campagne inconnue? recueilli et protégé? 

La famille est restée dans ce village qui l'accueillait avec tant d'empathie et finalement, s'y est installée. De leur maison, de leur quartier près de Caen, il ne restait rien! 

Et un miracle a eu lieu, 2 ans plus tard, ils ont retrouvé leur fils qui avait été retrouvé par les Américains, placé dans un centre d'hébergement puis dans une famille!

Alors quand je vois les réticences de tant de Français je dis : " Noirs, jaunes, rouges ou blancs, chrétiens, musulmans, bouddhistes ou athées, tous les enfants sont les mêmes, toutes les mères éprouvent  les mêmes, sentiments et sont capables des mêmes actions pour protéger leurs enfants et pour survivre à la barbarie du monde!"

Alors dire" on est entre  nous, laissez les dehors" me semble le pire des égoïsmes!

Commentaires

Bonjour,

Magnifique article, je partage tellement vos convictions.

Rejoignons Jean Jaurès en affirmant haut et fort :

" C'est qu'au fond, il n'y a qu'une seule race : l'humanité "

Écrit par : Nathalie | 15/09/2015

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