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La gueule de l'emploi

C'est  le jeudi 6 octobre  que j'ai vu sur France 2 le documentaire la "Gueule de l'Emploi" qui dévoile les méthodes employées par l'assureur GAN pour recruter sa "force de vente". Didier Cros a filmé, sans commentaires, une session collective de recrutement de deux journées, pendant laquelle dix candidats ont passé différentes épreuves : jeux de rôles, tests et enfin, pour les trois candidats sélectionnés, entretiens individuels, aboutissant à deux embauches.

 

Une séance de recrutement collectif comme, dit-on, il en existe tant. De longues tables disposées en carré dans une salle anonyme. 5 recruteurs alignés en tribunal devant dix chômeurs, plus ou moins fébriles. Les CV importent peu, seul compte "le comportement observable qui permettra de remonter à vos compétences", annonce l'un des recruteurs. 

Je suis vite indignée!  On éructe les consignes aux candidats, on décoche des sarcasmes, on mate les indisciplinés d'une cruelle raillerie. Les candidats sont raides sur leur chaise même si l'un se force à sourire. Un autre part …question de dignité! Les autres poursuivent, dociles, s'entre-déchirent, s'humilient dans des jeux de rôles pervers et ce , deux jours durant. 

 "On se soumet soi-même, ils n'ont même plus besoin de nous forcer", avoue amèrement l'un d'eux .

 

Documentaire inouï qui met en évidence un processus de déshumanisation, consistant à susciter les comportements agressifs, individualistes, la guerre de tous contre tous, aux dépens de toute solidarité ou de toute empathie.

Les dix candidats sont ressortis brisés et le moral défait, au fil des jeux de rôle, scandés par les humiliations et les déstabilisations. Les tests sont infantilisants, voire humiliants, et les questions n'ont souvent rien à voir avec le travail proposé. Ce n'est pas une évaluation des compétences mais une entreprise de déstabilisation, (à l'image de l' expérience du psychologue américain Milgram qui cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime et à analyser le processus de soumission à l'autorité.)***

Le tout pour un poste rémunéré au SMIC assorti d’une variable liée aux ventes. On ne peut pas s’empêcher de se dire : "tout ça pour ça" ! 

Encore une fois je suis indignée  devant ce face à face impitoyable, devant  ces entretiens qui ressemblent à s’y méprendre aux interrogatoires de police, devant cette expérience de psychologie sociale sadique.

Notre monde n'est donc plus qu' une jungle sans pitié dont aucun ne sortira indemne!

Et puis, une lueur d'espoir dans ce monde de brutes, j'ai découvert sur Internet l'analyse lucide de cette émission par Alain Gavant qui dirige un cabinet de recrutement et de management de ressources humaines. Il se dit scandalisé par les méthodes employées et nous laisse espérer que certains hommes sont encore capable d'humanité! 

Voilà le lien:   La gueule de l’emploi. Ou le recrutement obscène. - Nouvelle Donne RH 

 

***En 1963, l'expérience de Milgram a réuni 636 personnes. Le but:  la capacité d’un sujet à infliger une décharge électrique dangereuse à un second participant. Tous les participants atteignirent les 135 volts et 62,5% menèrent l’expérience jusqu’au bout infligeant des décharges électriques de 450 volts à trois reprises. Les décharges étaient fausses et ceux qui les recevaient des acteurs, ce qui ne change  rien aux conclusions, puisque les participants ne savaient rien.

On a repris l'expérience en France  dans un jeu télévisé  ”La Zone Xtrême” qui a été diffusé le 17 mars 2010 sur France 2, animée par Tania Young et 80 candidats ont été recrutés. La règle de l’émission était simple. Deux candidats en présence: l’un doit retenir 27 associations de mots, le second énonce un des mots et le premier candidat doit le retrouver, faute de quoi il est soumis à une décharge électrique de la part du questionneur. Les décharges iront croissante de 20 volts en 20 volts jusqu’à 460 volts. Le questionneur ne voit pas les souffrances du premier candidat,  mais il  peut les entendre. Si le questionneur hésite, l’animatrice est là pour le pousser à continuer. Bien évidemment, le public est également là pour encourager le questionneur à poursuivre l’expérience.

Qui est allé jusqu’à 460 Volts sans se révolter? Et combien l'ont fait avec le sourire? Et bien la société française  de 2010 est pire que celle de 1963. 80% des candidats soit presque 20% de plus que lors de l’expérience de Milgram obéirent aux ordres sans sourciller!

Sans aucun commentaire!


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